Des tendances alarmantes au-delà des chiffres
Antisémitisme sur les campus canadiens
L’année universitaire 2025 a été entachée par des incidents d’antisémitisme et des tentatives répétées de repousser les limites de la liberté académique en faveur d’une rhétorique antisémite, ce qui a laissé les étudiants, les enseignants et les membres du personnel juifs de plus en plus vulnérables et ostracisés. B’nai Brith Canada a répondu à un nombre alarmant de signalements provenant de membres juifs des communautés universitaires de tout le pays, qui ne se sentaient ni en sécurité ni les bienvenus au sein de leurs établissements.
Malheureusement, les exemples ci-dessous ne constituent qu’un faible échantillon de la multitude d’incidents qui ont pris pour cible des étudiants et des employés juifs des établissements d’enseignement supérieur canadiens et qui ont compromis la vie juive sur les campus en 2025. Les universités canadiennes, à de rares exceptions près, ont continué à entretenir des climats défavorables à la réussite et au bien-être des enseignants juifs, du personnel juif et des étudiants juifs.
Le corps enseignant et le personnel ont joué un rôle majeur dans le développement d’environnements hostiles sur les campus. En mars 2025, l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université a publié un rapport biaisé qui présentait les efforts visant à lutter contre l’antisémitisme sur les campus comme des menaces pour la liberté d’expression. Des rapports et des motions tout aussi problématiques ont été adoptés et votés par des réseaux et des associations du corps enseignant dans tout le pays. En novembre, des membres du corps professoral de l’Université de Guelph ont même soutenu une manifestation visant les étudiants juifs de leur établissement. Une croix gammée a été taguée sur la porte de la chambre d’un étudiant dans une résidence universitaire plus tard dans le mois, soulignant le climat hostile qui régnait à l’université.
Le terrorisme, présenté comme une forme de résistance, demeurait un cliché populaire adopté par les clubs étudiants dans les universités canadiennes. En brouillant les frontières du libre échange des idées, beaucoup ont organisé des ateliers ou des expositions qui édulcoraient des actes de terreur, les présentant comme anticoloniaux et anti-impérialistes. Des groupes d’étudiants ont invité, souvent sans en subir les moindres conséquences, des intervenants extrémistes, dont certains ont célébré des organisations terroristes répertoriées, ont appelé à l’anéantissement des Juifs et ont relayé des théories du complot antisémites. En janvier, l’Université de Toronto n’a annulé un événement offrant une tribune à un membre condamné du Front populaire de libération de la Palestine, une entité terroriste inscrite sur la liste des entités terroristes du Canada, qu’après l’intervention de B’nai Brith Canada.
Un rapport de juin 2025, commandé par la ministre de l’Enseignement supérieur du Québec de l’époque, Pascale Déry, à la suite d’une enquête sur les « Situations impliquant des comportements pouvant raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique ou psychologique des étudiants », a apporté un éclairage supplémentaire sur la question. Le rapport a souligné que l’absence de directives concernant l’accueil sur le campus d’intervenants par les clubs étudiants constituait un problème majeur. L’insuffisance de la supervision exercée par les responsables de l’enseignement supérieur a permis d’offrir une tribune à des prêcheurs de haine et à des idéologues extrémistes sur les campus canadiens.
À plusieurs reprises en 2025, l’incitation a dégénéré en antisémitisme violent et en menaces contre des étudiants juifs. En novembre, un événement hors campus organisé par un groupe d’étudiants juifs de l’Université métropolitaine de Toronto a été attaqué par une foule masquée. Dans le chaos qui a suivi, plusieurs personnes ont été blessées et des biens ont été endommagés. Plus tard ce mois‑là, la phrase « Tuez tous les Juifs » a été retrouvée griffonnée sur un mur des toilettes de l’Université Concordia.
En mai 2025, B’nai Brith Canada a révélé l’existence d’un serveur Discord utilisé par des candidats et des étudiants des facultés de médecine du Québec, qui hébergeait des propos grossièrement antisémites, racistes, misogynes et haineux. Ce forum, fréquenté par de futurs professionnels de santé, dont certains étaient actuellement inscrits dans des cursus médicaux, était rempli de messages contenant des théories du complot antisémites, la minimisation et la négation de l’Holocauste, ainsi que des menaces de mort à l’encontre des Juifs.
Tout au long de l’année 2025, comme les années précédentes, B’nai Brith Canada a continué de jouer un rôle de premier plan dans les efforts visant à protéger les droits et le bien-être des membres juifs des communautés universitaires canadiennes. En avril, B’nai Brith Canada a soutenu une action de groupe intentée par un étudiant de l’Université McGill. Le recours, intenté après que l’Université a omis de protéger ses étudiants juifs contre l’antisémitisme, le harcèlement et la discrimination survenus à la suite de l’attentat terroriste perpétré en Israël le 7 octobre 2023 par le Hamas, vise à obtenir une indemnisation financière pour les étudiants concernés et à engager la responsabilité de l’institution. En décembre, B’nai Brith Canada a lancé « Break the Hate », un programme qui donne aux étudiants universitaires les moyens de devenir des ambassadeurs de la lutte contre la haine. Grâce à des actions juridiques et de terrain percutantes, B’nai Brith Canada vise à faire en sorte que les campus demeurent des environnements propices à la réussite de tous les étudiants canadiens de l’enseignement postsecondaire.
Antisémitisme dans les écoles canadiennes
En 2025, les écoles primaires et secondaires à travers le pays, qui sont censées offrir un environnement d’apprentissage sûr à tous les élèves, continuaient d’être menacées. Tout au long de l’année, les étudiants juifs ont été confrontés à la haine et à des sentiments antisionistes qui continuaient de prospérer dans les salles de classe et au niveau institutionnel. Les paragraphes suivants mettent en lumière certains actes d’antisémitisme dont ils ont été victimes dans tout le Canada en 2025.
Au cours de l’année écoulée, les écoles canadiennes ont continué d’être visées par des graffitis haineux et antisémites. À un rythme alarmant, les écoles et leurs locaux étaient utilisés comme support par des vandales incitant à la haine contre les Juifs et d’autres groupes marginalisés. Un graffiti impliquant une croix gammée dans un lycée de la région d’Ottawa en novembre a été qualifié à la fois d’antisémite et d’islamophobe. Dans ce que la police a qualifié d’incident antisémite, le même symbole nazi a été peint à la bombe sur le mur jouxtant la cour de récréation d’une école primaire de la région de Montréal en avril et laissé sur le terrain d’une école primaire de la région de York en mai. Ce n’était pas seulement l’iconographie nazie qui était utilisée pour cibler et intimider des élèves juifs; les mots « N—les Juifs » ont été griffonnés sur la porte d’une cabine de toilettes d’un collège de Winnipeg.
Les élèves juifs des écoles primaires et des lycées ont également été victimes d’attaques et de menaces antisémites, tant en personne qu’en ligne. Lors d’un incident survenu en septembre qui a donné lieu à des poursuites pénales, le groupe de discussion sur un réseau social associé à une équipe de football américain d’un lycée de la région de North Bay est devenu un déversoir de contenus haineux, comprenant des menaces de mort et de lynchage contre des personnes juives. En septembre également, un semeur de haine a pris à partie des collégiens juifs à Toronto alors qu’ils prenaient les transports en commun pour rentrer chez eux après l’école. Un autre passager a agressé verbalement les élèves, en utilisant une insulte haineuse antisémite et en leur disant de retourner dans les camps de concentration.
En outre, partout dans le pays, l’antisémitisme s’est infiltré dans les systèmes mis en place dans le but de protéger notre jeunesse. Les conseils scolaires au Canada ont à maintes reprises abdiqué leur responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour protéger activement les élèves juifs; ils n’ont pas réagi de façon adéquate à l’antisémitisme qui couve dans leurs écoles et ont permis que des propos clivants et incendiaires bénéficient d’une tribune lors de leurs réunions. Par exemple, lors d’une réunion du conseil scolaire du district de Toronto, au cours de laquelle le comité des politiques et de la planification du conseil devait recevoir un rapport sur l’antisémitisme, au lieu de permettre aux voix juives issues de la base d’être entendues, on a autorisé des intervenants à invoquer des stéréotypes antisémites, à diaboliser les sionistes et à diffuser de la désinformation.
Tout au long de l’année 2025, B’nai Brith Canada a continué de recevoir des signalements de parents dont les enfants ont été confrontés à l’antisémitisme à l’école. Par ailleurs, nous avons à plusieurs reprises reçu des signalements faisant état d’enseignants, d’employés des conseils scolaires et d’administrateurs élus des conseils scolaires se livrant à des comportements antisémites en ligne. Dans l’ensemble, la réaction des conseils scolaires s’est avérée tout à fait insuffisante.
B’nai Brith Canada continue de tirer la sonnette d’alarme et d’exiger davantage de nos ministres de l’Éducation et de nos autorités scolaires. Pour faire face à l’antisémitisme systémique qui sévit partout au pays, il est primordial que les conseils scolaires et les gouvernements provinciaux, d’un océan à l’autre, s’attaquent de manière efficace et efficiente à l’antisémitisme dans le cadre de leurs compétences respectives. Tous les élèves ont le droit de fréquenter l’école sans crainte et de pouvoir pleinement assumer leur identité. Il est temps que nous garantissions ce droit à tous les étudiants, y compris aux étudiants Juifs au Canada.
Le recours collectif contre l’Université McGill
Suite à l’incapacité de l’Université McGill à protéger les étudiants juifs contre l’antisémitisme, le harcèlement et la discrimination à la suite des attaques menées par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, un recours collectif contre l’Université McGill a été intenté en avril 2025 par un étudiant juif, avec le soutien de B’nai Brith Canada. Ce recours conteste l’incapacité de l’Université McGill à offrir aux étudiants juifs un environnement universitaire sécuritaire, respectueux et libre de discrimination : des obligations que McGill énonce dans ses propres politiques et qu’elle est tenue de respecter en vertu de la loi canadienne.
Un recours collectif est le seul moyen juridique capable de traiter un préjudice de cette ampleur, de représenter l’expérience collective des étudiants et d’exiger un changement institutionnel qui ne peut être ignoré. Dans cette affaire, le recours vise à obtenir une compensation financière pour tous les étudiants touchés, ainsi qu’à faire assumer la responsabilité des institutions par le biais de dommages-intérêts punitifs et d’un précédent juridique contraignant.
Les universités façonnent la culture, le leadership et les limites du débat public. Lorsque l’antisémitisme est toléré ou excusé sur un campus, il ne s’arrête pas là : il se propage. En revanche, lorsqu’une institution universitaire de premier plan est appelée à répondre de ses actes, toutes les autres universités y prêtent attention. Si les universités apprennent qu’elles peuvent détourner le regard, tergiverser, éluder la question et laisser les étudiants juifs assumer seuls le danger, rien ne change. En revanche, lorsqu’une institution majeure est contrainte de prendre ses responsabilités au sérieux, de respecter les normes qu’elle prétend défendre publiquement et qu’elle est légalement tenue de faire, cela redéfinit les attentes dans l’ensemble du système d’enseignement supérieur.
Ce qui se passe à McGill ne reste pas à McGill ; ses politiques, sa culture et ses réponses aux pressions internes et externes servent de modèle pour ce qui est toléré, ce qui est ignoré et ce qui est appliqué sur tous les campus de la province — et dans tout le Canada.
