La corrélation entre le biais médiatique et l’antisémitisme

Tendances structurelles de la couverture médiatique de la CBC dans les reportage numériques anglophones du conflit entre Israël et le Hamas

Reportages numériques en anglais du 1er octobre 2024 au 30 avril 2025

Les incidents antisémites documentés dans le rapport 2025 de B’nai Brith Canada s’inscrivent dans un environnement en partie façonné par les médias traditionnels canadiens, dont la couverture médiatique constitue l’une des principales interfaces par lesquelles le public appréhende et interprète des conflits internationaux complexes. Les Canadiens n’observent pas directement les événements en Israël et à Gaza, et leur compréhension se construit à travers un flux continu de reportages qui détermine quels faits sont mis en avant, quelles explications sont élaborées, quelles voix se voient accorder une autorité interprétative et quels récits sont utilisés pour définir les événements. Ces décisions éditoriales ne se contentent pas de transmettre de l’information; elles l’organisent en récits qui attribuent des responsabilités, confèrent une légitimité et répartissent le poids moral entre les acteurs impliqués.

Au fil du temps, les tendances de la couverture du conflit Israël–Hamas par les médias canadiens ont produit un récit cohérent et orienté qui a façonné la manière dont le public a compris le conflit. Cette orientation s’est dégagée par l’utilisation répétée d’une terminologie porteuse d’implications morales et juridiques, par la mise en avant durable de l’impact sur les civils servant de prisme central à travers lequel les événements sont interprétés, et par la concentration des sources autour d’un ensemble relativement restreint de perspectives qui définissent la manière dont ces événements sont expliqués. La couverture médiatique organise systématiquement les événements autour de leurs issues les plus marquantes sur le plan émotionnel, tandis que l’élaboration de la causalité, de la chronologie et des affirmations concurrentes n’a pas assez de poids pour influencer de manière significative l’interprétation au même niveau.

Cette structure a pour conséquence que le sens est inhérent au rapport lui-même. La terminologie, telle que « massacre » ou « génocide », fonctionne comme une classification qui communique, au moment de la description, une conclusion quant à l’intention et au caractère moral, et établit la manière dont l’événement doit être compris lorsqu’il est présenté au public. L’accent mis de manière constante sur les victimes civiles et les images humanitaires définit les événements à travers leurs conséquences, façonnant ainsi la perception de la responsabilité en orientant l’attention vers les dommages subis, qui deviennent le principal cadre d’interprétation. La présentation de chiffres de victimes sans attribution claire et cohérente à l’autorité dont ils émanent permet de considérer ces chiffres comme des données neutres et vérifiées, plutôt que comme des allégations produites dans le contexte d’un conflit en cours par une autorité gouvernementale qui est elle-même partie à ce conflit. La concentration des sources au sein d’une seule perspective établit cette perspective comme l’interprète principale des événements, façonnant la manière dont les faits sont contextualisés et expliqués.

L’article de CBC News du 27 août 2025, « Israël tue des journalistes et s’en tire impunément, affirment des défenseurs », emploie une terminologie qui véhicule une conclusion morale arrêtée, fait de la mort des journalistes l’axe narratif principal et s’appuie principalement sur des sources présentant une perspective unique pour définir l’événement. Le reportage de Radio-Canada International du 18 mars 2025, « Plus de 400 morts à Gaza alors qu’Israël mène des frappes “d’envergure”, mettant fin à l’impasse autour du cessez-le-feu », présente des chiffres de victimes provenant du ministère de la Santé de Gaza, qui fonctionne sous l’autorité du Hamas, et comporte des descriptions saisissantes de la destruction, y compris des références à des scènes « calcinées » et aux « dépouilles d’enfants », faisant du bilan humanitaire le prisme central par lequel les frappes sont comprises. L’article de CBC News du 17 novembre 2024, intitulé « Des Winnipegois se rassemblent pour condamner les attaques d’Israël contre l’Iran et la crise humanitaire à Gaza », présente les revendications des manifestants, y compris des affirmations formulées dans des termes très chargés, tels que « génocide », comme récit dominant, avec des sources provenant de manière disproportionnée d’un seul point de vue.

En 2025, B’nai Brith Canada a examiné ces tendances dans son étude intitulée « Structural Patterns in CBC Coverage of the Israel–Hamas Conflict » (Tendances structurelles dans la couverture du conflit entre Israël et le Hamas par la CBC), une analyse empirique des reportages en anglais diffusés par la Canadian Broadcasting Corporation. L’étude a porté sur un ensemble de 499 éléments, dont un échantillon stratifié de 299 a été codé selon quatre dimensions : le cadrage, le choix du contexte, la présentation et la source. Chaque dimension a été évaluée à l’aide de seuils fixes, et toutes les classifications ont suivi un système fondé sur des règles, conçu pour garantir la cohérence et la reproductibilité. Les résultats montrent une orientation claire : la plupart des éléments de l’échantillon atteignent le seuil définissant une orientation pro-palestinienne, tandis qu’une minorité relativement restreinte atteint le même seuil dans un sens pro-israélien. Cela reflète l’effet cumulatif de schémas structurels récurrents dans les pratiques de rédaction de rapports.

Ce phénomène crée un cadre narratif stable dans lequel le public se voit proposer une interprétation cohérente du conflit, véhiculée par la répétition de cette interprétation dans des centaines de reportages. Le récit reste ancré dans les faits au niveau des détails concrets, tandis que la structure selon laquelle ces détails sont présentés détermine la manière dont ils sont interprétés, garantissant ainsi que la responsabilité, la légitimité et le poids moral soient attribués de manière prévisible au fil du temps. Le public n’est pas confronté à des récits isolés d’événements, mais à un cadre narratif continu qui façonne la manière dont les nouvelles informations sont interprétées à mesure qu’elles sont reçues.

Dans le cadre de le rapport 2025, ces dynamiques présentent un intérêt direct. Le rapport recense des incidents visant des personnes et des institutions juives à travers le Canada, dont beaucoup reprennent le même langage, les mêmes images et les mêmes schémas narratifs que ceux utilisés dans la couverture médiatique du conflit. Des termes tels que « génocide », « massacre » et d’autres expressions similaires apparaissent dans le discours antisémite en ligne ainsi que dans les incidents antisémites visant les lieux communautaires Juifs, reflétant ainsi le vocabulaire interprétatif à travers lequel le conflit est compris et exprimé.

Cela établit une corrélation entre les discours médiatiques et l’expression de l’antisémitisme. Les cadres d’interprétation élaborés à partir de la couverture médiatique d’événements internationaux sont transposés dans le contexte national, où les personnes et les institutions juives sont perçues à travers les mêmes récits que ceux utilisés pour interpréter les actions d’un État étranger. La structure de la couverture médiatique façonne la compréhension; cette compréhension façonne la perception, et cette perception oriente le comportement, créant les conditions dans lesquelles les incidents documentés dans le rapport annuel peuvent se produire.

Dans ce contexte, la responsabilité du journalisme exige de faire preuve d’une grande rigueur dans la présentation des faits, d’approfondir le contexte, d’adopter une terminologie précise et de diversifier les sources, afin de garantir que les reportages présentent les événements complexes dans toute leur ampleur et permettent au public de se confronter à des réalités divergentes plutôt qu’à un seul récit dominant. Au sein d’un système médiatique financé par des fonds publics, cette responsabilité revêt une importance particulière, car elle façonne l’environnement informationnel partagé à travers lequel se forment le discours national et la cohésion sociale.

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