Le rapport
Fondée en 1875, B’nai Brith Canada est la plus ancienne organisation de défense des droits de la personne du pays. Nous combattons l’antisémitisme et toutes les formes de haine avec détermination. Nous fournissons une aide essentielle en matière d’alimentation et de logement aux communautés dans le besoin partout dans le pays. Et nous tenons bon, sans hésitation, partout où les droits de la personnes sont en jeu, mettant nos principes en pratique chaque jour. Depuis 1982, le rapport annuel des incidents antisémites constitue le document de référence en matière de prévalence de l’antisémitisme au Canada. Le rapport est publié chaque année au printemps. Il est publié en anglais et en français, à la fois au format imprimé et en ligne.
Les données compilées du rapport, produites chaque année par la Ligue des droits de la personne de B’nai Brith Canada, reflètent le nombre des incidents antisémites déclarés à B’nai Brith Canada, y compris les incidents signalés par le biais de son application anti-haine, de sa ligne téléphonique anti-haine, de la fonction « Signaler un incident » de sa page web, ainsi que des données recueillies auprès des organismes des forces de l’ordre et d’autres sources.
B’nai Brith Canada et la Ligue des droits de la personne sont les mieux placés pour fournir une approche contextuelle et longitudinale afin d’analyser l’antisémitisme au Canada. En tant qu’étude définitive sur l’antisémitisme au Canada, le rapport a été cité par divers organismes gouvernementaux, universitaires et de promotion et de défense des droits, comme le Département d’État américain, le Centre Kantor pour l’étude du judaïsme européen contemporain et Statistique Canada, entre autres. Le rapport recense à la fois les crimes haineux tels que définis par le Code criminel du Canada et les incidents qui ne relèvent pas de son champ d’application. Il est essentiel de cerner le climat de l’antisémitisme au Canada, ce qui nécessite l’identification et l’évaluation de tous les incidents d’antisémitisme survenant dans le pays. Ainsi, le rapport sert de baromètre pour le phénomène de l’antisémitisme au Canada.
Un message du directeur de la recherche et du plaidoyer de B’nai Brith Canada

Malgré le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 entre Israël et le Hamas, la communauté juive du Canada a continué d’être la cible d’actes de haine à un rythme sans précédent tout au long de l’année. Les 6 800 incidents d’antisémitisme recensés par B’nai Brith Canada en 2025 montrent que, même si l’attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre en Israël a peut-être ouvert la boîte de Pandore de la haine antijuive au Canada, l’antisémitisme s’est tellement banalisé dans notre société que sa fréquence ne peut plus être directement liée à la guerre en Israël. La montée de l’antisémitisme après le 7 octobre ne peut plus être considérée de manière isolée. L’antisémitisme est une crise nationale et doit être traité comme telle.
En 2025, la nature systémique de la crise de l’antisémitisme au Canada est devenue encore plus évidente. La haine antijuive, bien que largement propagée par un sous-groupe virulent et venimeux de notre société, s’est propagée à tous les aspects de la vie canadienne. Nos rues, nos écoles, nos établissements d’enseignement, nos lieux de travail et nos plateformes en ligne ont été de plus en plus infiltrés par des acteurs malveillants désireux de répandre et d’inciter à la haine contre la communauté juive. L’incapacité à s’attaquer de manière adéquate à la crise de l’antisémitisme qui s’aggrave a entraîné un taux d’antisémitisme historique et honteux en 2025.Les 6 800 incidents d’antisémitisme enregistrés en 2025, un sommet historique pour notre pays, représentent une augmentation de 9,3% par rapport à 2024. Cette statistique intolérable se traduit par une moyenne de 18,6 incidents haineux par jour visant les Canadiens juifs. De 2022 à 2025, l’antisémitisme a augmenté de 145,6%. La hausse soutenue de la haine antijuive sur une période de trois ans indique que des niveaux de crise d’antisémitisme, auparavant inconcevables, constituent désormais la nouvelle norme pour notre nation.
L’impact qu’a eu la crise de l’antisémitisme sur les Canadiens juifs au cours de l’année écoulée ne peut être rendu par de simples mots et statistiques. Aucune communauté juive au Canada n’a été épargnée par la flambée de la haine antijuive. Il est difficile d’imaginer que notre société permettrait à une autre minorité de subir ce que la communauté juive a été contrainte d’endurer, et pourtant, l’antisémitisme est devenu une réalité quotidienne pour les Juifs canadiens. Bien que la vie juive continue de s’épanouir à travers le pays, l’ampleur même de la haine à laquelle les Juifs canadiens ont été confrontés a conduit nombre d’entre eux à s’interroger sur la vitalité future de la communauté. Sans recours adéquat, nous courons le risque qu’un préjudice irréparable soit infligé.
À défaut d’autre chose, j’espère que le rapport de cette année servira de témoignage impérissable de l’esprit indéfectible de la communauté juive canadienne. Malgré les efforts quasi constants visant à intimider, harceler et nuire à ses membres, la communauté juive est demeurée inébranlable dans sa détermination. Elle a traversé trois années d’épreuves inimaginables, et bien que l’incitation à la haine et l’attisement des divisions aient profondément déchiré le tissu social de notre nation, la communauté juive est restée résolument unie. Alors que la morale et les valeurs de notre nation étaient de plus en plus dénigrées, les Canadiens juifs ont continué d’incarner le meilleur du Canada en 2025. Notre engagement commun en faveur de la promotion du rêve canadien, de la préservation de la mosaïque multiculturelle du Canada et de la promotion des droits de la personne à travers le pays a été pour nous une source de grande fierté. Face à une adversité écrasante, les communautés juives partout au Canada ont continué de définir ce que signifie être canadien.
Ce rapport, en tant qu’examen exhaustif de l’état de l’antisémitisme au Canada, doit également servir d’impulsion à une action immédiate. La hausse constante de l’antisémitisme d’une année sur l’autre ne constitue pas seulement une menace pour la communauté juive, mais témoigne également d’une dégradation de nos normes collectives. Notre incapacité à affronter la propagation de l’antisémitisme est un symptôme de la décadence de notre société. Atténuer la crise de l’antisémitisme nécessitera une approche mobilisant l’ensemble de la société; on ne pourra pas y parvenir grâce aux seuls efforts de la communauté juive. Chaque Canadien, en tant qu’acteur de notre démocratie, doit exiger davantage de nos dirigeants à tous les niveaux, et un comportement plus responsable de la part de nos concitoyens. La haine qui sévit actuellement dans notre pays, ce n’est pas le Canada que je connais et que j’aime. J’oserais avancer que cela ne reflète pas le Canada qui est si cher à tant d’entre nous.
La communauté juive a énormément souffert, mais tout espoir n’est pas encore perdu. C’est pourtant maintenant qu’il faut agir. Ces paroles peuvent sembler creuses face aux réponses insuffisantes que nous avons constatées jusqu’à présent. Je crois vraiment qu’ensemble nous pouvons surmonter cette crise. À chaque événement négatif – et ils ont été nombreux –,il y a eu un récit alternatif qui a suscité l’espoir et l’optimisme. Si nous parvenons à éradiquer l’antisémitisme rampant qui s’est infiltré dans la vie quotidienne de ce pays, l’avenir de notre nation demeure incontestablement radieux.
La manière dont nous tirerons les enseignements des trois dernières années posera les bases de l’avenir de notre nation. Nous seuls pouvons tracer notre route, et les chemins sont clairs. Voulons-nous que le Canada soit la nation qui a cédé aux forces de la haine et a abandonné sa communauté juive au moment où elle en avait le plus besoin? Est-ce le récit que nous voulons pour symboliser ce chapitre de notre histoire collective?
Honnêtement, je suis convaincu que nous valons mieux que les chiffres accablants et la réalité déchirante dévoilés dans les pages suivantes. 6 800 actes de haine en une seule année visant votre famille, vos amis, vos voisins et vos collègues. Ils révèlent une société dans ce qu’elle a de pire, mais ils n’ont pas à nous définir. Le choix vous appartient, Canada. Vous pouvez garder le silence et faire partie du problème, ou vous pouvez prendre position et faire partie de la solution.
Richard Robertson
Directeur de la recherche et du plaidoyer
